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Ecoles maternelles et primaires : Pourquoi parle-t-on autant des programmes d’alimentation scolaire ?

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Les programmes d’alimentation scolaire présentent de nombreux avantages et, nous ne pouvons que nous réjouir de l’enthousiasme de voir davantage de pays les mettre en œuvre. Cependant, deux choses sont encore nécessaires pour continuer à s’assurer que les enfants bénéficient de la nourriture dont ils ont besoin pour apprendre, grandir et s’épanouir.

Le monde traverse une crise alimentaire d’une ampleur sans précédent (anglais) avec un nombre record de 345 millions de personnes dans 82 pays confrontés à une insécurité alimentaire aiguë. Près de la moitié de ces personnes sont des enfants de moins de 18 ans.

Les pays, riches comme pauvres, sont en train de débattre sur la manière de protéger les écoliers de la crise de la faim. Ce débat devrait figurer en tête de votre liste de préoccupations si vous vous intéressez à l’éducation car, peu importe le niveau d’investissement dans les salles de classe, les enseignants, les manuels scolaires et l’accès à Internet à l’échelle mondiale, les enfants ne seront pas en mesure d’apprendre s’ils ont faim.

Les programmes d’alimentation scolaire font partie des filets de protection sociale les plus importants et les plus efficaces : environ 388 millions d’enfants et leurs familles en dépendent chaque jour. Ils permettent de scolariser les enfants, les filles surtout, et les empêchent de décrocher au fur et à mesure qu’ils grandissent.

Ils améliorent également les résultats d’apprentissage en offrant des régimes alimentaires de meilleure qualité et plus nutritifs et remédient à certaines des carences en micronutriments les plus courantes chez les enfants.

Leurs avantages ne s’arrêtent pas là. Ces programmes soutiennent également les économies locales et créent des emplois dans les communautés. En Afrique du Sud, par exemple, le programme fournit des emplois à environ 62 000 personnes impliquées dans la chaîne de production des repas scolaires, des femmes pour la plupart, embauchées pour préparer et fournir de la nourriture aux écoles.

À l’échelle mondiale, environ 1 700 emplois sont créés pour 100 000 enfants nourris.

Dans de nombreux pays, l’alimentation scolaire est la principale source d’approvisionnement alimentaire du gouvernement. Rendre ces repas plus durables peut aider à réduire les émissions nationales de gaz à effet de serre et à soutenir des pratiques agricoles durables.

Le programme brésilien permet de nourrir plus de 40 millions d’élèves en offrant 50 millions de repas quotidiens. Selon la loi, un minimum de 30 % du budget annuel de 764 millions de dollars doit être utilisé pour acheter de la nourriture aux petits exploitants agricoles, créant ainsi un marché agricole local d’au moins 229 millions de dollars.

Récemment, il y a eu davantage de discussions sur les repas scolaires dans les médias et les plateformes mondiales grâce à la Coalition pour l’alimentation scolaire. En 2021, la Coalition a été créée par un groupe de pays dirigé par la France et la Finlande pour garantir que chaque enfant puisse bénéficier d’un repas sain et nutritif à l’école d’ici 2030.

Des dirigeants de 76 pays, représentant tous les niveaux économiques et 58 % de la population mondiale, ont rejoint la Coalition en moins d’un an, ce qui en fait l’une des mobilisations menées par les pays les plus réussies. Avec 82 partenaires de développement, les pays de la Coalition obtiennent des résultats sans précédent :

  • Le Rwanda, par exemple, a augmenté son budget national pour les repas scolaires passant de 8 millions de dollars en 2020 à 80 millions de dollars en 2022 dans le but de renforcer son capital humain. Le pays est ainsi passé de 660 000 enfants bénéficiant de repas scolaire en 2020, à 3,8 millions d’élèves en 2022.
  • Le Bénin s’est engagé à augmenter le budget de 79 millions à 240 millions de dollars au cours des cinq prochaines années. La couverture du programme du Bénin a augmenté, atteignant 75 % des écoliers en 2022, avec des plans pour atteindre 100 % en 2023. Les aliments achetés localement sont passés de 20 % en 2020 à 70 % en 2022.
  • L’Éthiopie, le Malawi et le Niger augmentent la quantité de nourriture achetée aux petits exploitants agricoles et font des transferts d’argent aux écoles avec l’aide de la Norvège.
  • Le Bénin, le Burundi, le Ghana, le Honduras, l’Inde et le Rwanda travaillent avec la Fondation Rockefeller afin de développer et tester des approches visant à passer à des options plus nutritives pour les repas scolaires, qui améliorent l’apprentissage, stimulent les opportunités économiques locales et augmentent la durabilité environnementale.

À l’échelle mondiale, environ 90 % des coûts des programmes d’alimentation scolaire sont financés par des fonds nationaux et même les pays à faible revenu font de leur mieux pour maintenir leurs programmes, en couvrant 30 % des coûts.

Dans le cadre de la Coalition pour l’alimentation scolaire, le Kenya et le Rwanda élaborent des plans de financement des dépenses publiques dans le but de renforcer leurs programmes nationaux. Cela comprend une estimation complète et pluriannuelle des coûts du programme, une analyse du paysage financier et une stratégie visant à accroître le financement national grâce à des approches innovantes.

Tout cela est positif et l’élan de la Coalition continue de croître, nous donnant des raisons d’être optimistes. Toutefois, deux choses sont nécessaires pour continuer à s’assurer que les enfants bénéficient de l’alimentation dont ils ont besoin pour apprendre, grandir et s’épanouir.

Premièrement, il est nécessaire de renforcer la coordination multisectorielle à tous les niveaux, car pour que le programme d’alimentation scolaire atteigne son plein potentiel, au moins cinq secteurs sont nécessaires : l’éducation, la santé/la nutrition, le genre, la protection sociale et la sécurité alimentaire.

Le secteur de l’éducation devrait diriger et organiser des discussions multisectorielles, afin de montrer à quoi peut ressembler le décloisonnement des secteurs.

Deuxièmement, les partenaires de développement, en particulier les institutions financières internationales, devraient s’engager à accroître leur soutien aux programmes de repas scolaires afin de jouer un rôle encore plus important dans le soutien aux objectifs de la Coalition, en particulier à mesure que les pays passent du statut de pays à faible revenu à celui de pays à revenu intermédiaire.

Les gouvernements parient sur la prochaine génération. Peut-être est-il temps que les bailleurs de fonds fassent de même ?

Par  Carmen Burbano de Lara, World Food Programme

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